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Les fonctionnaires rapatriés ont-il reproduit en métropole les comportements coloniaux qu'ils avaient dans les colonies ?

 

La question est débattue par les historiens, sociologues et politistes, et la réponse la plus sérieuse est : partiellement, dans certains milieux et certaines institutions, mais pas de façon uniforme ni mécanique.

 

Il faut éviter deux simplifications :

  • dire que les anciens fonctionnaires coloniaux auraient tous « importé le colonialisme » en métropole ;
  • ou au contraire nier toute continuité entre pratiques coloniales et pratiques administratives françaises après la décolonisation.

 

Ce que montrent les recherches historiques

 

Des chercheurs en histoire coloniale et postcoloniale ont observé des continuités dans :

  • certaines méthodes policières ;
  • certaines pratiques administratives ;
  • des représentations sociales des populations immigrées issues des anciennes colonies ;
  • des formes de paternalisme administratif.

 

Cela a surtout été étudié pour :

  • la police,
  • le maintien de l’ordre,
  • l’administration préfectorale,
  • certains domaines du logement social et de l’encadrement des immigrés.

 

Le cas de la police et du maintien de l’ordre

 

C’est probablement le domaine le plus documenté.

 

Des historiens ont montré que des techniques expérimentées dans l’empire colonial — notamment en Algérie pendant la Guerre d'Algérie — ont parfois influencé :

  • les doctrines de maintien de l’ordre ;
  • les dispositifs de surveillance ;
  • certaines pratiques de renseignement.

 

Le nom de Maurice Papon revient souvent dans ces travaux, notamment concernant la gestion policière des Algériens à Paris dans les années 1960.

 

Les représentations sociales

 

Des chercheurs parlent aussi d’une continuité des imaginaires coloniaux :

  • vision hiérarchisée des populations ;
  • idée d’« assimilation » culturelle ;
  • perception des immigrés nord-africains comme groupes à encadrer spécifiquement.

 

Ces représentations n’étaient pas propres aux seuls rapatriés ou anciens fonctionnaires coloniaux ; elles étaient largement présentes dans la société française de l’époque.

 

Mais il ne faut pas exagérer la continuité

 

Beaucoup de fonctionnaires rapatriés :

  • ont simplement repris des postes ordinaires ;
  • se sont adaptés aux normes administratives métropolitaines ;
  • n’avaient pas exercé de fonctions répressives ou coloniales sensibles.

 

Par ailleurs :

  • l’État français de la métropole avait ses propres traditions administratives antérieures à la colonisation ;
  • la société française des années 1960-1970 a profondément changé sous l’effet de l’urbanisation, de la démocratisation scolaire et des mouvements sociaux.

 

Un sujet encore sensible

 

Ces questions restent très discutées dans les débats sur :

  • les héritages coloniaux ;
  • le racisme institutionnel ;
  • les relations entre police et populations issues de l’immigration ;
  • la mémoire de la colonisation.

 

Les analyses varient beaucoup selon les auteurs et les sensibilités politiques. Certains insistent fortement sur les continuités coloniales ; d’autres soulignent davantage les ruptures et les transformations de l’État français après la décolonisation.

2026